
Silence et harmonie
Le premier à s'être produit devant une salle comble fut le Maroc. La troupe marocaine de danse dramatique a donné à voir un spectacle aux faibles performances scéniques bien que l'hisoitre racontée s'inspire de la condition humaine dans le monde actuel. Son nom, Le livre, plutôt une pièce de théâtre sans parole, se décline presque comme une fable où le peuple combat le méchant roi qui s'oppose au savoir et à l'amour, jusqu'à la libération de son joug et le retour aux beaux jours. Le spectacle est ponctué de danse orientale et gestes dramatiques mimant les sentiments et les scènes du quotidien dans un désordre sonore, pas très approprié.
La seconde partie de la soirée, révèle un spectacle d'une autre facture, bien meilleur que le premier. Ce n'est pas du théâtre, nous prévient-on, mais il y a également de la dramatique, de la scénographie et du texte raconté par le corps, comme le suggéra Narimane Saâdoun, la présentatrice du festival. Un autre pan de l'histoire est raconté. On ouvre une page d'un livre pour raconter l'histoire de l'évolution humaine, plus particulièrement celle de l'oiseau phénicien, emmené par une troupe de danseurs et danseuses syriens grandement à la hauteur. Certains d'ailleurs se distinguaient carrément par le haut niveau technique. «Mon travail abordait l'oiseau phénicien, la paix, les civilisations arabo-musulmanes, décliné sur 7 étapes, dont l'apparition des Phéniciens, les ouvertures islamiques au temps de Saleh Eddine, l'oiseau phénicien, et l'événement de l'homme arabe, de sa culture...», nous révélera Okba Wakil l'encadreur de cette compagnie. Un effort a été consenti conscternant les costumes et le jeu d'ombre et de lumière.
Les tableaux proposés entrecoupés par un narrateur/goual étaient beaux à regarder et traduisaient une parfaite maîtrise de la scène et de la danse par ces jeunes dont ce prodige, petit par la taille mais grand par le talent n'ayant que 20 ans d'âge mais plus de 8 ans déjà d'expérience, preuve s'il en est que la danse est une discipline artistique et sportive qui demande un apprentissage sérieux qui se fait très tôt.
Les résultats sont la souplesse du corps et la sensualité. Il n'y a pas photo. Les Marocains faisaient pâle figure à côté. La mythologie phénicienne ainsi déclinée c'est une autre page de l'histoire qui fut ouverte sous l'oeil conquis et admiratif du public. L'Espagne ne sera pas en reste et fera également sensation en se produisant cette soirée-là. Dans cette pièce chorégraphique pour deux danseurs et deux danseuses, c'est l'amour qui fut ainsi mis en exergue sur scène à travers un spectacle qui se veut être un poème d'amour interprété en danse. Grâce, élégance, mouvement, inclination physique et sentimentale, les danseurs offraient à nos yeux des sensibilités à fleur de peau où se dessinaient les contours de l'amour sous ses plus beaux atours.
Les airs musicaux choisis, souvent du jazz, confortaient nos sentiments qui tendaient à recevoir de l'amour dénudé et purement délicat. Toucher, se frôler, courir, se perdre, se mouvoir, se disputer pour se retrouver de nouveau, s'élancer, s'enlacer, voler vers l'autre, se recroqueviller, se caresser... que des gestes amples et généreux enveloppés dans un voile de grâce qui ont émerveillé l'assistance avant de laisser place au clou de la soirée. «Pour moi, la finalité est un poème visuel. Une nuit, j'ai lu un poème de Gamoneda et je suis resté sans voix après l'avoir lu. J'avais le besoin d'exprimer ce poème en danse. J'ai passé deux années à préparer cette pièce car pour moi il fallait que je pense chaque mouvement, car c'est un mot que tu dis. Bouger pour bouger, cela ne vaut pas la peine pour moi. Sur scène tu dois parler avec ton corps. Si tu es clair, le public recevra clairement le message. Je suis content. J'ai senti que le public a bien compris, il était enthousiaste. Souvent je fais des spectacles plus acrobatiques. Plus techniques peut-être. Mais est il très difficile de danser avec cette énergie», nous a confié dans les coulisses Jean Antonio Saorin, le directeur de la troupe qui est aussi membre du jury du concours du meilleur groupe de danse. Pour finir ce tour de monde en danse, l'occasion était donnée à l'Afrique représentée par le Burkina Faso de montrer ce qu'elle a au ventre. Nous n'avons pas du tout été déçus par le voyage! «L'itinéraire de l'existence» est le nom de ce spectacle dont le danseur Bachir Tassenbedo a su nous traduire le pouls par cette intéressante synthèse philosophique: «Le spectacle porte sur le chemin de la vie, ce n'est pas un chemin qui est tracé comme un boulevard, c'est un chemin qui se prolonge à chaque souffle. Pendant ce chemin, on fait des rencontres. Souvent, de belles rencontres ou pas. Chacun tient le volant de sa vie et la conduit comme il veut.». Le corps sculptural, le danseur fait son apparition dans la pénombre sous des airs d'harmonica. Le spectacle est accompagné par moments par d'autres extraits musicaux, joués plus forts par des instruments du pays tels que le balafon, le n'goni, ou la calebasse. Sur scène évoluent un danseur qui vite est suivi de deux danseuses.
Le langage physique est ambigu mais qu'importe les mots, quand l'émotion est là. Les contorsions physiques sur le sol rappellent l'appel de l'autre entre absence et présence, fuite et désengagement, mais aussi la révolte et l'achèvement.
Le silence survient par moment: «C'est voulu, on a travaillé comme ça parce que c'est aussi une musique», nous a confié de sa voix sereine Bachir. Beauté, ravissement et méditation. En avril 2006 disparaissait tragiquement Souleymane Porgo, chorégraphe et fondateur de la Compagnie Téguéré, rebaptisée «Téguérer Danse». «Soul était parvenu à nous insuffler un mental de gagneur et un esprit de persévérance». C'est en hommage à cet homme, mentor de la troupe, qu'a été dédiée cette pièce chorégraphique emplie de métaphores.
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